Pourquoi les formations sur la gestion des crises sont si importantes ?

Robert LANQUAR, Enseignant - Excelia

Enrico Letta fut le Premier Ministre italien de 2013 à 2014, à la tête d’une grande coalition centriste.

Il est aujourd’hui Doyen de la PSIA – Paris School of International Affairs (SciencesPo). Dès son arrivée dans cette école, dont l’objectif est de former et de façonner des acteurs mondiaux pour comprendre et répondre aux complexités actuelles, il soulignait l’importance de la gestion des crises, bien avant la COVID-19, et demanda que le curriculum universitaire de la PSIA comprenne une série de cours sur cette gestion.

Ainsi on peut en trouver deux : celui de Bruno Caitucoli, sur « Crisis Management : A global perspective », le second, celui d’un groupe de professeurs autour de Guillaume Le Duc, sur « Confronting a Crisis : Tools for Analysis and Communication ».

L’Italie a connu et connaîtra bien des crises politiques, économiques, sécuritaires, catastrophes naturelles, terribles accidents comme celui du viaduc de Gênes. Elle a été la première en Europe à souffrir de la pandémie, aujourd’hui elle semble s’en sortir. Bien avant, Enrico Letta s’était rendu compte de l’importance de la formation des gestionnaires publics ou privés sur cette question.

Il faut comprendre que le mot crise ne signifie pas ce que nous croyons.

Il est polysémique. Son étymologie vient du grec ancien « KRISIS », qui combine deux concepts, celui du jugement et de la prise de décision, afin d’atteindre un objectif entre des tendances parfois opposées. C’est pourquoi, autour de ces deux termes, nous devons réfléchir aux crises et à leur gestion afin de parvenir au concept de résilience.

Tout d’abord, juger après avoir analysé et diagnostiqué des situations. Que juger ? Pourquoi juger ? Comment juger ? Ensuite, décider en optimisant les actions à prendre, les objectifs à atteindre.

 

Cependant, une condition préalable est nécessaire :

il faut imaginer un nouveau contexte et un nouvel environnement. Avec le changement climatique, les crises vont se multiplier, peut-être dix fois plus après les années 2050. Les États, territoires, organisations et entreprises, grandes ou très petites, doivent adopter une nouvelle culture de la crise, avec une vision à long terme.

C’est aussi dans ce contexte qu’il faut aborder la question de l’intelligence artificielle et les résultats des algorithmes statistiques axés sur les données, en définissant des scénarios de gouvernance pour réduire l’impact des crises, s’adapter et éviter le capitalisme de surveillance. Cela implique une rationalité déterminée par des données ouvertes (Open Data), plus fiables, plus transparentes, plus démocratiques, moins chères que celles du Big Data de plus en plus contrôlées par les grandes entreprises du Net.

 

La voie la plus importante serait alors la communication et la préparation stratégique

pour donner plus de crédibilité au discours public, notamment au discours scientifique, comme le souligne Bertrand Badie, lui aussi professeur à SciencesPo Paris, participant souvent aux émissions politiques de France Culture.

Par conséquent, « Gérer la crise » est d’un certain point de vue une contradiction : on ne gère pas le tourment, le désordre ; mais une autre voie est d’empêcher qu’elle se produise et surtout de minimiser ses effets ou de rétablir l’ordre antérieur.

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